Apprendre le mentalisme – L’histoire secrète du mentalisme de 1700 à 1910 – partie 1/2 –

MENTALISME, LES VERITABLES SECRETS… Si de très nombreux médias surfent depuis quelques années sur le terme « mentalisme », le sens donné à ce mot varie beaucoup. Il peut désigner à juste titre une personne douée de capacités extrasensorielles développant ses facultés latentes ; parfois, à l’opposé, il peut être utilisé improprement pour désigner une personne qui, à l’aide de trucages, de tromperies, de truquages vidéos, de compères et de petites arnaques, simule superficiellement ces capacités dans le cadre temporaire d’un divertissement (télévision, théâtre, spectacle…).

Lorsqu’une telle confusion sur le sens d’un mot est entretenue afin de tromper le public – à des fins publicitaires, commerciales ou du fait d’un obscur scientisme – pour l’attirer dans un spectacle, ou le détourner d’une véritable démarche de développement personnel (mentalisme de vie), il est alors sage de revenir aux bases en replongeant dans l’histoire pour retrouver les racines et les références premières. Et rendre ainsi au terme « mentalisme » son sens étymologique exact…

Il est difficile d’être bref en restant précis dans les sources, surtout pour un terme qui s’enrichit d’un nouveau sens tous les cinquante ans ! Toutefois, ce chapitre va tenter de vous donner toutes les informations indispensables pour mieux comprendre qui sont les mentalistes… Plus aucune propagande scientiste ou commerciale ne pourra vous tromper !

Les recherches se sont particulièrement concentrées sur le terme lui-même, et non sur les concepts pouvant s’approcher ou s’identifier à du mentalisme. De plus afin de palier au manque d’italique dans les formats d’écriture disponibles sur Facebook les ouvrages et citations seront encadrés par > <.

ETYMOLOGIE
Le mot « mentalisme » est issu du latin mens, mentis qui signifie « faculté intellectuelle, intelligence, raison, esprit, pensée, réflexion, entendement ». On retrouve cette racine latine dans le mot « mental » (mentalis) qui fut en usage seulement à la fin du XIVe siècle. Au siècle suivant, alors le mot « mentalité » fait son apparition. Il est donc certain que les néologismes « mentalisme » ou « mentaliste » ne sont pas antérieurs au XIVe siècle.

Même si certains auteurs en ont détecté l’existence dans son principe dès l’Antiquité, en 400 av. J. C., le terme « mentalisme » n’a pris son véritable essor que depuis environ la seconde moitié du XIXe siècle. Puis principalement à l’initiative du mouvement appelé Nouvelle Pensée (cf note 2), soit environ cent ans après sa création au XVIIIe siècle.

LES DATES CLEFS de 1700 à 1900
Il est cependant difficile de dire avec exactitude quand il a fait son apparition pour la première fois, les auteurs qui l’utilisent mentionnant rarement leurs sources.

1740
Les linguistes situent la première occurrence traçable du mot « mentaliste ».

1790
L’emploi de ce mot se développe, et l’historienne anglaise Catharine Sawbridge Macaulay Graham (1731-1791), plus connue sous le nom de Catharine Macaulay, l’utilise dans ses > Lettres sur l’éducation (cf note 2) <.
Elle le définit comme l’opposé du terme « matérialiste ». Un « mentaliste » étant, selon elle, une personne plus orientée vers le mental que vers les satisfactions et plaisirs matériels.

Il semble qu’à cette époque, le mot « mentaliste » possède déjà trois acceptions proches :
– celui dont l’inclination se porte vers la sphère mentale plutôt que vers celle des plaisirs matériels ;
– celui dont le but artistique est l’expression de la pensée ;
– celui qui défend la doctrine du mentalisme (l’univers n’est qu’une représentation subjective et mentale). Se profile ici le sens principal du terme orienté vers le développement des capacités mentales de l’être humain.

1874
Emmené par le mouvement Nouvelle Pensée, Henry Maudsley étend le terme « mentalisme » au sens de développement personnel métaphysique.

1878
Edwin D. Babbitt (1828-1905) présente le « chromo-mentalisme » dans son livre > Les Principes de la lumière et de la couleur (cf note 3) <. Il veut établir des correspondances intrinsèques entre la matière au niveau atomique et l’éther au niveau subtil. L’une de ses thèses est l’existence d’une forme de « psycho-électricité ». Il est l’un des premiers auteurs à relier la pratique du mentalisme et l’acquisition de pouvoirs psychiques.

1898
Le triptyque monumental du Français Victor Mauroy, > Le Pur Esprit ou le Mentalisme absolu et relatif (cf note 4) <, paraît. Cet ouvrage sera très largement utilisé (on peut dire plagié), simplifié et vulgarisé par Victor Segno, trois ans plus tard.

1902
Dès la fin du XIXe siècle, Victor Segno prépare la création de > l’American Institute of Mentalism <, qui prendra sa pleine dimension au tout début du XXe, avec la parution de son livre > La Loi du mentalisme <. Il définit le « mentalisme », courant de développement personnel, comme « l’action des trois plus grandes facultés de l’organisation mentale : la première est la pensée, la deuxième l’énergie éthérique, la troisième la volonté » (cf note 5).

Victor Segno et Henry Sidgwik utilisent régulièrement le terme « mentalisme » pour décrire « l’exploitation des capacités métaphysiques latentes de l’homme ».

L’immense succès du livre de Victor Segno participe largement à la démocratisation du terme dans le monde. Jusqu’à cette date, le mot « mentalisme » reste utilisé dans son sens premier, pour décrire une étude sincère et une véritable recherche dans le développement des capacités de l’être humain.

Comme le résume Paul-Clément Jagot, écrivain et occultiste français : « La pensée n’est pas seulement intérieure mais s’irradie au travers de l’espace en y déterminant des répercussions conformes à sa teneur (cf note 6).»
Quant à Prentice Mulford, il écrit : « La pensée peut prendre des formes différentes et se manifester. Seuls les êtres doués de capacités psychiques peuvent les percevoir consciemment bien qu’elle influe invisiblement sur les décisions, les tenants et les aboutissants des fonctionnements de ce monde. Le psychisme de l’être étant simultanément émissif et réceptif, il est en contact permanent avec une multitude de personnes. Les pensées sont des choses chargées de puissance (cf note 7). »

1903
En France, Victor Segno fait la promotion du > Club du succès par le mentalisme (cf note 8 ) <. Les « mentalistes » sont, selon la définition première (celle qui fait référence), « ceux qui utilisent leurs capacités mentales de manière avancée en pratiquant le mentalisme ».

Le terme est déjà employé dans le cadre de consultations privées de « mentalisme ». Il s’agit alors d’un mélange de médiumnité, de channeling spirite, de coaching, de conseils et de guérisons.

1905
L’Américaine Mary Stanley, médium magnétiseuse, fait paraître la première petite annonce proposant des consultations privées de « mentalisme » dans un journal, à la rubrique « Occult (cf note 9)».
La même année, Norman Baker crée, aux États-Unis, dans un spectacle théâtral de divertissement, le personnage de Pearl Tangley, la « mentaliste égyptienne », incarnée par sa propre femme.

1906
Le terme « mentalisme » fait son apparition dans le cadre du divertissement plus de cent soixante ans après sa création et plus de trente ans après sa définition comme courant de développement personnel par la Nouvelle Pensée. Il faut toutefois noter que, dès la fin du XIXe siècle, les spectacles de « médiums de scène » étaient monnaie courante dans les théâtres. Il s’agissait alors d’un mélange de voyance publique (par le biais de questions enfermées dans des enveloppes opaques), de spiritualisme et d’hypnose.

Le terme « mentaliste » apparaît pour la première fois dans la revue privée > Sphinx < (consacrée à l’inexpliqué), le 15 mars 1906, pour décrire « William Broderson de San Francisco, mentaliste » (consultations privées).

1909
Il semble que la confusion entre les mots « mentalisme » et « mentaliste » commence déjà à être initiée et entretenue dans un but commercial par les prestidigitateurs de l’époque. Les journaux parlent de « mentalistes », mélangeant médiums, hypnotiseurs et prestidigitateurs dans des spectacles de théâtre. Si depuis la nuit des temps, oracles, pythies, prêtres puis devins, escamoteurs et illusionistes ont simulé la capacité de s’affranchir des lois connues de la nature (lévitation, prédiction de l’avenir…), ce n’est qu’au début du XXe siecle qu’ils ont choisi/piraté le terme « mentalisme » en le détournant de son sens originel pour l’associer à leurs pratiques.

RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE de 1700 à 1910
Le terme « mentalisme » (1740), popularisé par Victor Mauroy (1898) et Victor Segno (1902), a amené les consultants (spirites, médiums, thérapeutes…) à proposer des consultations privées de « mentalisme » (1903). Puis, tous ceux qui, sur scène, se livraient à d’apparentes (vraies ou fausses) prouesses mentales ont été ensuite appelés « mentalistes » à partir de 1909 par la presse.

La confusion a été savamment entretenue par les prestidigitateurs à la fois pour des raisons commerciales, publicitaires, et sous prétexte de lutter contre la propagation de pseudo-médiums spirites (ce qui n’a servi strictement à rien).
Attention, à cette époque, dans le cadre de divertissements, les journaux et affiches ne parlaient pas encore de « mentalisme », mais seulement de « mentalistes ».

En 1909, deux notions se mêlent : le « mentalisme », courant de développement personnel (dont Victor Segno est un excellent exemple) et les « mentalistes », terme qui regroupe des consultants (pratiquant le « mentalisme » de développement personnel), mais aussi toutes les personnes se livrant à d’apparentes prouesses mentales sur scène : hypnotiseurs, calculateurs prodiges, personnes à la mémoire prodige, médiums, clairvoyants… Et encore ceux qui les imitaient à l’aide de trucages, compères et astuces diverses (duos de pseudo-télépathes, prestidigitateurs…).

Retrouvez la suite de la saga du mentalisme dans le prochain chapitre…

NOTES & SOURCES :

Photo d’illustration : véritable grimoire de mentaliste , un exemplaire original du tome 3 de l’ouvrage > Le Pur Esprit ou le Mentalisme absolu et relatif < de Victor Mauroy, 1898 – Collection privée Pascal de Clermont.

1 – Le mouvement de la pensée nouvelle : ce courant de pensée voit dans le mental humain la source de phénomènes comme la télépathie, l’hypnotisme, le magnétisme curatif, les perceptions extrasensorielles, et vient à contre-courant du « spiritualisme », très en vogue au début du XXe siècle. Les articles dans la revue > Mind < (Henry Sidgwick, 1901) et le livre de Victor Segno, > La Loi du mentalisme < (1902) en sont représentatifs.
La Nouvelle Pensée et ses divers courants sont aussi représentés par Prentice Mulford (> Vos forces <, édition française en 1895), William Walker Atkinson ( > La Force-Pensée <, édition française en 1904), Victor Turnbull (> Magnétisme personnel <, édition française en 1904) Ralph Waldo Emerson ou encore Victor Mauroy.

2 –  Letter on Education with Observations on Religious and Metaphysical Subjects <, London, C. Dilly, 1790, Letter VIII, p. 75-76.

3 –  The Principles of Light and Color <, New York, Babbitt & Co., 1878.

4 – Bibliothèque artistique et littéraire.

5 – Edition française de l’Institut américain du mentalisme en 1904, p.16.

6 –  L’Influence à distance <, Éditions Dangles, 1946.

7 –  Thoughts are Things <, 1889.

8 – Les tracts en français et en anglais promotionnent un club unissant l’ensemble des participants dans un « cercle de pensées positives » dont tous les membres bénéficient quotidiennement en se concentrant à heure fixe.

9 – Oakland Tribune (CA), 13 février 1905, Mary Stanley « Medium and Magnetic Healer ».

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